Lundi 8 septembre 2008
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Ses yeux ne quittent pas la terre, ses regards ne s’élèvent pas au dessus de ce monde, où, si certains sont acteurs et d’autres spectateurs, lui n’est que figurant. Oh ! ça lui serait égal d’être déguisé en paysan suisse, en gentilhomme huguenot ou en guerrier égyptien ! Il ressemble, en effet, à ces choristes des théâtres d’opéra, qui, tout en songeant à leurs affaires personnelles, ouvrent la bouche en même temps que les autres pour avoir l’air de chanter avec eux. Il exécute tous les gestes nécessaires et ne recule devant aucune concession.
Mais surtout, Jean Dézert a fait sienne une grande vertu : il sait attendre. Toute la semaine il attend le dimanche. A son Ministère il attend de l’avancement, en attendant la retraite. Une fois retraité, il attendra la mort. Il considère la vie comme une salle d’attente pour voyageurs de troisième classe. Du moment qu’il a pris son billet, il ne lui reste plus, sans bouger davantage, qu’à regarder passer les hommes d’équipe sur le quai. Un employé l’avertira quand le convoi partira ; mais il ignore encore vers quelle autre station.
P 78-79
Ainsi de suite. Si Jean Dézert était un pantin, je dirais qu’il lui manque plusieurs ficelles, car, en vérité, le Maître de nos Destinées semble toujours tirer sur la même.
P 92
- Voilà bien une encore autre histoire, pensa Jean Dézert en suivant Elvire. Qui est-elle et que dois-je préjuger de ce hasard ? A-t-on jamais sondé l’univers folâtre contenu dans une tête d’apparence aussi ingénue ? Mais quel guide devant mon ennui, que la balancement de ces hanches de femme ! Tout cela élargit ma manière de voir et détourne mes idées de leur cours habituel, en leur ouvrant des aperçus nouveaux. Je vais toujours lui expliquer que je suis Jean Dézert. Elle en retiendra ce qu’elle voudra ; et je ne m’engage à rien.
P 106
- Moi aussi, j’ai des chansons. Il y en a une que je chante, quand je suis triste. Quand je l’ai chantée je suis encore plus triste. Mais alors, c’est une tristesse poétique.
P 113
Soyons classique, se dit Jean Dézert. J’ai des peines de cœur – c’est bien le mot. Il importe donc d’agir en conséquence et de jouer mon rôle selon les règles admises.
P 135
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